
La cinquième trompette : le premier malheur et le déchaînement des forces de l’abîme (Apocalypse 9.1-12)
Texte principal : Apocalypse 9.1-12
« Puis le cinquième ange sonna de la trompette : je vis un astre qui était tombé du ciel sur la terre. La clé du puits de l’abîme lui fut donnée. Il ouvrit le puits de l’abîme et une fumée épaisse s’en éleva, comme celle d’une grande fournaise. Le soleil et l’air furent obscurcis par la fumée qui s’échappait du puits. » (Apocalypse 9.1-2)
Apocalypse 9.1-12 nous fait entrer dans une partie particulièrement sombre du livre. La cinquième trompette correspond au premier des trois « malheurs » annoncés à la fin du chapitre précédent (Apocalypse 8.13).
Les quatre premières trompettes avaient principalement frappé la création : la terre, la mer, les eaux et les astres (Apocalypse 8.7-12). À partir de la cinquième trompette, la vision change cependant de caractère. Jean ne contemple plus seulement des bouleversements touchant le monde créé. Il voit maintenant des puissances provenant de l’abîme exercer leur action directement contre les êtres humains.
Le passage révèle une réalité spirituelle inquiétante : derrière la rébellion humaine contre Dieu se trouve aussi un royaume de ténèbres. Pourtant, le message central du texte n’est pas que Satan serait devenu incontrôlable. Au contraire, presque chaque étape de la vision rappelle que les puissances mauvaises demeurent limitées par Dieu.
Une clé leur est « donnée » (Apocalypse 9.1). Un pouvoir leur est « donné » (Apocalypse 9.3). Elles reçoivent l’ordre de ne pas toucher certaines choses (Apocalypse 9.4). Elles ne peuvent pas tuer les hommes (Apocalypse 9.5) et leur action est limitée à cinq mois (Apocalypse 9.5,10).
Ainsi, même lorsque l’abîme semble s’ouvrir, le trône de Dieu n’est pas renversé. Le Seigneur demeure souverain.
Cette vision doit également être reçue comme une instruction spirituelle. Paul rappelle que les événements rapportés dans les Écritures « ont été écrits pour nous servir d’avertissement » (1 Corinthiens 10.11). Il affirme également que « tout ce qui a été écrit dans le passé l’a été pour notre instruction » (Romains 15.4).
La question n’est donc pas seulement : « Que représentent les sauterelles ? » La question est aussi : « Qu’est-ce que Dieu veut apprendre à son Église à travers cette vision ? »
Ce passage nous révèle la gravité du monde spirituel, le caractère destructeur du royaume des ténèbres, les conséquences terribles de la rébellion contre Dieu, la souveraineté absolue du Seigneur et la sécurité de ceux qui lui appartiennent.
1. L’étoile tombée du ciel et la clé de l’abîme
« Puis le cinquième ange sonna de la trompette : je vis un astre qui était tombé du ciel sur la terre. La clé du puits de l’abîme lui fut donnée. » (Apocalypse 9.1)
Jean voit d’abord « un astre qui était tombé du ciel ». Le langage du passage montre rapidement qu’il ne s’agit probablement pas d’une étoile physique. Cet astre agit comme une personne puisqu’il reçoit une clé et ouvre le puits de l’abîme.
Dans le langage prophétique, les étoiles peuvent représenter des êtres célestes. Dans l’Apocalypse, par exemple, les sept étoiles représentent les anges des sept Églises (Apocalypse 1.20). Dans le livre de Job, les « étoiles du matin » sont également associées aux êtres célestes (Job 38.7).
Certains identifient donc cette étoile à Satan en rapprochant cette image des paroles de Jésus : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair » (Luc 10.18). Apocalypse 12 décrit également le dragon précipité sur la terre avec ses anges (Apocalypse 12.7-9).
Cependant, Apocalypse 9 ne dit pas explicitement : « Cette étoile est Satan. » Il faut donc conserver une certaine prudence. Il peut s’agir de Satan, d’un ange déchu ou d’un autre être spirituel associé à l’ouverture de l’abîme.
Le point essentiel est ailleurs : « La clé du puits de l’abîme lui fut donnée » (Apocalypse 9.1).
L’expression « lui fut donnée » est capitale. Cet être spirituel ne possède pas une autorité indépendante. Il reçoit la permission d’agir. Cela correspond à un principe que nous retrouvons ailleurs dans les Écritures : Satan agit réellement, mais jamais comme un rival égal à Dieu.
Dans le livre de Job, Satan ne peut toucher Job qu’à l’intérieur des limites fixées par Dieu (Job 1.10-12 ; 2.4-6). Jésus dit également à Pierre que Satan a demandé la permission de passer les disciples au crible comme du blé (Luc 22.31-32). Même les puissances démoniaques reconnaissent l’autorité souveraine de Jésus-Christ (Marc 1.23-27 ; Luc 8.28-33).
Le mal est réel, mais il n’est jamais souverain.
Question de réflexion : lorsque nous voyons le mal se manifester dans le monde, croyons-nous encore réellement que Dieu demeure sur son trône ?
2. L’abîme : le lieu associé aux puissances démoniaques
« Il ouvrit le puits de l’abîme et une fumée épaisse s’en éleva, comme celle d’une grande fournaise. » (Apocalypse 9.2)
Le mot grec traduit par « abîme » est « abyssos ». Il évoque une profondeur insondable, un gouffre. Dans le Nouveau Testament, ce terme peut désigner le domaine où certaines puissances démoniaques sont retenues.
Lorsque Jésus rencontre l’homme possédé dans le pays des Géraséniens, les démons « suppliaient Jésus de ne pas leur ordonner d’aller dans l’abîme » (Luc 8.31). Dans Apocalypse 20, Satan est lui-même jeté dans l’abîme, qui est ensuite fermé et scellé sur lui (Apocalypse 20.1-3).
Il ne faut donc pas confondre automatiquement l’abîme avec l’étang de feu. L’étang de feu représente le jugement définitif (Apocalypse 20.10,14-15), tandis que l’abîme apparaît plutôt comme un lieu de confinement associé aux puissances mauvaises.
Lorsqu’il est ouvert dans Apocalypse 9, une fumée considérable s’en échappe : « Le soleil et l’air furent obscurcis par la fumée qui s’échappait du puits » (Apocalypse 9.2).
Cette fumée rappelle une immense fournaise. Elle évoque les ténèbres, l’oppression et le jugement. L’image nous enseigne quelque chose de profond : lorsque les puissances des ténèbres sont relâchées, elles ne produisent jamais la lumière, la paix ou la vie. Elles obscurcissent.
Jésus décrit Satan comme « le père du mensonge » et comme meurtrier dès le commencement (Jean 8.44). Paul parle du « pouvoir des ténèbres » dont Dieu nous délivre pour nous transporter dans le royaume de son Fils bien-aimé (Colossiens 1.13).
L’Évangile produit exactement le mouvement inverse. Là où le royaume des ténèbres obscurcit, Jésus apporte la lumière : « Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres : il aura la lumière de la vie. » (Jean 8.12)
3. Les sauterelles qui sortent de l’abîme
« De cette fumée sortirent des sauterelles qui se répandirent sur la terre. Il leur fut donné un pouvoir semblable à celui des scorpions. » (Apocalypse 9.3)
L’image des sauterelles possède un arrière-plan important dans l’Ancien Testament. Les invasions de sauterelles représentaient une catastrophe redoutable. Elles pouvaient dévaster les récoltes et provoquer la famine.
Le livre de Joël décrit justement une invasion de sauterelles dans un contexte associé au jour de l’Éternel (Joël 1.4 ; 2.1-11). Les plaies d’Égypte comportaient également une invasion de sauterelles (Exode 10.12-15).
Mais les sauterelles d’Apocalypse 9 sont très différentes. Les sauterelles naturelles détruisent la végétation, tandis que celles-ci reçoivent précisément l’interdiction de la toucher : « Elles reçurent l’ordre de ne pas faire de mal à l’herbe de la terre, ni à aucune plante verte, ni à aucun arbre » (Apocalypse 9.4).
Nous sommes donc devant une vision qui possède manifestement une forte dimension symbolique et spirituelle. Ces créatures viennent de l’abîme, leur roi est l’ange de l’abîme, leur pouvoir ressemble à celui des scorpions et leur action vise directement les êtres humains.
Tout indique donc une dimension démoniaque.
4. Une puissance terrible, mais strictement limitée
« Il leur fut donné, non pas de les tuer, mais de les torturer pendant cinq mois. » (Apocalypse 9.5)
Une expression revient constamment dans le passage : « Il leur fut donné. »
Jean ne dit pas que ces créatures décident elles-mêmes de leur mission. Leur champ d’action leur est imposé. Elles ne peuvent pas toucher la végétation, elles ne peuvent pas toucher ceux qui portent le sceau de Dieu, elles ne peuvent pas tuer et elles ne peuvent agir que pendant une période déterminée.
Voilà une vérité importante concernant la souveraineté divine. Dieu n’est pas l’auteur du mal (Jacques 1.13). Cependant, même les puissances mauvaises ne peuvent sortir des limites que Dieu leur impose.
Nous retrouvons le même principe dans Apocalypse 20. Même Satan ne peut sortir de l’abîme avant que Dieu ne permette qu’il soit relâché pour un peu de temps (Apocalypse 20.1-3,7).
Cette vérité doit encourager l’Église. Paul écrit : « Le Dieu de paix ne tardera pas à écraser Satan sous vos pieds » (Romains 16.20). Jean rappelle également : « Celui qui est en vous est plus puissant que celui qui inspire ce monde » (1 Jean 4.4).
La Bible ne demande donc jamais aux croyants de nier la puissance du diable. Elle nous demande plutôt de ne jamais la placer au même niveau que celle de Dieu.
Satan est une créature, Dieu est le Créateur. Satan agit dans des limites, Dieu fixe les limites. Satan connaît une activité temporaire, Dieu règne éternellement.
Question de réflexion : notre manière de parler du diable révèle-t-elle davantage la peur de sa puissance ou la confiance dans la souveraineté de Dieu ?
5. Le sceau de Dieu et ceux qui lui appartiennent
Un détail établit un lien direct avec le chapitre précédent : « Elles reçurent l’ordre […] de s’attaquer seulement aux hommes qui ne portent pas le sceau de Dieu sur le front » (Apocalypse 9.4).
Cette déclaration renvoie directement à Apocalypse 7. Avant que certains jugements ne soient déclenchés, les serviteurs de Dieu avaient été marqués du sceau divin (Apocalypse 7.1-4).
Dans le monde antique, un sceau pouvait notamment exprimer la propriété et l’authenticité. L’idée fondamentale est donc celle de l’appartenance : Dieu connaît ceux qui sont à lui.
Cette image trouve un écho remarquable dans Ézéchiel 9. Dans une vision de jugement sur Jérusalem, Dieu fait placer une marque sur ceux qui soupirent à cause des abominations commises dans la ville (Ézéchiel 9.4-6).
Dans le Nouveau Testament, Paul emploie lui aussi l’image du sceau pour parler de l’appartenance au Christ : « Et en Christ, vous aussi, après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile qui vous sauve, vous avez cru. Alors, vous avez été marqués de son sceau, c’est-à-dire du Saint-Esprit qu’il avait promis. » (Éphésiens 1.13)
Il faut toutefois éviter une conclusion que le texte ne permet pas. Le sceau de Dieu ne signifie pas nécessairement que les croyants seront épargnés de toute souffrance terrestre. L’Apocalypse montre au contraire des saints persécutés et même mis à mort à cause de leur témoignage (Apocalypse 6.9-11 ; 12.11 ; 13.7-10).
La protection fondamentale est donc celle de l’appartenance à Dieu et de la préservation spirituelle et éternelle.
Jésus exprime cette sécurité d’une manière magnifique : « Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront et personne ne pourra les arracher de ma main. » (Jean 10.27-28)
6. Le tourment révèle la véritable nature du royaume des ténèbres
« La douleur qu’elles causaient ressemblait à celle qu’une piqûre de scorpion inflige à un homme. En ces jours-là, les hommes chercheront la mort mais ils ne la trouveront pas. Ils l’appelleront de leurs vœux, mais la mort les fuira. » (Apocalypse 9.5-6)
La scène devient particulièrement sombre. Le tourment est si intense que les hommes désirent mourir.
Cette vision dévoile ce que produit finalement le royaume des ténèbres. Satan promet souvent la liberté, mais conduit à l’esclavage. Il promet le plaisir, mais conduit à la destruction. Il promet l’indépendance envers Dieu, mais conduit finalement à une servitude plus terrible encore.
Jésus résume cette différence fondamentale : « Le voleur vient seulement pour voler, pour tuer et pour détruire. Moi, je suis venu afin que les hommes aient la vie, une vie abondante. » (Jean 10.10)
Voilà le contraste essentiel. D’un côté se trouve le royaume de la destruction. De l’autre se trouve Jésus-Christ, celui qui donne la vie.
Le péché promet beaucoup, mais finit toujours par prendre davantage qu’il ne donne (Romains 6.21-23). C’est pourquoi l’Évangile ne consiste pas simplement à améliorer notre existence. Dieu nous arrache à une domination pour nous placer sous une autre autorité : « Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien-aimé. » (Colossiens 1.13)
Question de réflexion : voyons-nous le péché comme Dieu le présente, ou seulement comme quelque chose d’interdit qui pourrait malgré tout nous apporter du bonheur ?
7. Une description symbolique destinée à provoquer l’effroi
« Ces sauterelles ressemblaient à des chevaux harnachés pour la bataille. Elles avaient sur la tête comme des couronnes d’or, et leur face ressemblait à un visage humain. Leur chevelure était pareille à celle des femmes, et leurs dents à celles des lions. Leur thorax paraissait cuirassé de fer, et le bruit de leurs ailes évoquait le fracas d’une charge de chars tirés pour le combat par de nombreux chevaux. » (Apocalypse 9.7-9)
Jean accumule les comparaisons. Il emploie plusieurs fois des expressions comme « ressemblaient », « comme », « pareille » et « évoquait ». Nous devons donc respecter la nature visionnaire et symbolique du passage.
Il n’est pas nécessaire de chercher une correspondance moderne pour chaque détail. Les chevaux évoquent la guerre. Les couronnes suggèrent une forme d’autorité ou de victoire permise. Les visages humains peuvent évoquer l’intelligence. Les dents de lions évoquent la férocité. Les cuirasses de fer expriment une puissance redoutable. Le bruit des ailes rappelle celui d’une immense armée avançant vers le combat. Quant aux queues de scorpions, elles représentent leur capacité de tourmenter.
L’ensemble produit l’image d’une armée terrifiante, organisée et destructrice.
Il faut donc être prudent avec les interprétations qui tentent d’identifier ces créatures à des hélicoptères, des avions, des armes modernes ou une technologie particulière. Rien dans le texte ne nous oblige à faire de tels rapprochements.
La vision cherche avant tout à nous faire ressentir l’horreur des puissances libérées de l’abîme.
8. Une puissance séduisante qui cache une nature destructrice
Certains détails de la description sont surprenants : « Leur face ressemblait à un visage humain. Leur chevelure était pareille à celle des femmes, et leurs dents à celles des lions. » (Apocalypse 9.7-8)
Il faut éviter d’attribuer arbitrairement une signification précise à chacun de ces éléments. Cependant, l’ensemble présente une étrange combinaison d’apparences presque humaines et de caractéristiques animales terrifiantes.
Cela correspond à une vérité biblique plus générale concernant le mal : il ne se présente pas toujours immédiatement sous une apparence repoussante.
Paul dit que « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » (2 Corinthiens 11.14). Depuis le commencement, le serpent séduit avant de détruire. Dans le jardin d’Éden, il ne commence pas par montrer les conséquences du péché. Il commence par remettre en question la Parole de Dieu : « Vraiment, Dieu vous a dit… ? » (Genèse 3.1)
Le péché possède presque toujours une promesse séduisante avant de révéler son véritable salaire.
Mais l’Écriture nous avertit : « Car le salaire que verse le péché, c’est la mort, mais le don gratuit que Dieu accorde, c’est la vie éternelle dans l’union avec Jésus-Christ notre Seigneur. » (Romains 6.23)
9. Abaddon et Apollyon : le destructeur
« Elles avaient pour roi l’ange de l’abîme qui s’appelle en hébreu Abaddon et en grec Apollyon. » (Apocalypse 9.11)
Ce détail confirme encore le caractère surnaturel de ces sauterelles.
Proverbes 30 fait justement remarquer : « Les sauterelles n’ont pas de roi, et pourtant elles avancent toutes en bon ordre. » (Proverbes 30.27) Celles d’Apocalypse 9 ont pourtant un roi.
Son nom est donné dans deux langues. En hébreu : « Abaddon ». En grec : « Apollyon ». Les deux noms sont associés à l’idée de destruction ou de destructeur.
Dans l’Ancien Testament, « Abaddon » est associé au domaine de la destruction et de la mort (Job 26.6 ; Proverbes 15.11).
L’identité exacte de cet « ange de l’abîme » fait l’objet de discussions. Certains l’identifient directement à Satan. D’autres pensent qu’il s’agit d’une puissance démoniaque particulière placée à la tête de cette armée. Encore une fois, le texte ne nous oblige pas à trancher.
Mais son nom révèle clairement sa nature : la destruction.
Cela nous ramène au contraste entre les deux royaumes. Le royaume des ténèbres mène à la destruction. Le royaume de Christ conduit à la vie.
Abaddon signifie destruction. Jésus dit : « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jean 14.6)
10. Le premier malheur est passé, mais le jugement continue
« Le premier malheur est passé. Voici : deux malheurs encore viennent après lui. » (Apocalypse 9.12)
Cette phrase nous ramène directement à l’avertissement d’Apocalypse 8.13 : « Malheur ! Malheur ! Malheur aux habitants de la terre, à cause des sonneries de trompette que les trois derniers anges vont encore faire retentir ! » (Apocalypse 8.13)
La cinquième trompette constitue donc le premier malheur, mais deux autres doivent encore suivre. La progression est volontairement inquiétante. Elle nous enseigne que le jugement de Dieu ne doit jamais être traité avec légèreté.
Cependant, il faut également regarder ce qui arrivera après la sixième trompette. Malgré les jugements, Jean dira des survivants : « Mais les autres hommes qui avaient survécu à ces fléaux ne renoncèrent pas pour autant aux œuvres qu’ils faisaient de leurs mains » (Apocalypse 9.20).
Il ajoute : « Ils ne renoncèrent pas non plus à leurs meurtres, à leurs pratiques magiques, à leur immoralité et à leurs vols » (Apocalypse 9.21).
Voilà l’une des révélations les plus tragiques de tout le chapitre : le jugement, à lui seul, ne transforme pas nécessairement le cœur humain.
On pourrait penser que si Dieu manifestait suffisamment sa puissance, tout le monde se repentirait. Mais Apocalypse 9 montre que le cœur humain peut s’endurcir même devant le jugement.
Cela rappelle Pharaon. Malgré les plaies d’Égypte, son cœur s’endurcit à plusieurs reprises (Exode 7 à 11).
La repentance véritable nécessite donc davantage que la peur du jugement. Elle implique de reconnaître son péché et de revenir à Dieu : « Repentez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour qu’il efface vos péchés. » (Actes 3.19)
Question de réflexion : lorsque Dieu nous avertit par sa Parole, répondons-nous immédiatement ou attendons-nous que les conséquences de nos choix deviennent douloureuses ?
11. Ce passage ne doit pas produire la spéculation, mais la vigilance
Apocalypse 9 est spectaculaire. Il est donc facile de consacrer toute notre attention à essayer d’identifier les créatures. Mais l’objectif pastoral de la prophétie biblique est beaucoup plus profond.
Dieu révèle l’avenir afin de transformer notre manière de vivre dans le présent.
Jésus dit : « Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra. » (Matthieu 24.42)
Pierre pose cette question après avoir parlé du jour du Seigneur : « Puisque tout l’univers doit ainsi se désagréger, quelle vie sainte vous devez mener et avec quelle piété il vous faut vivre ! » (2 Pierre 3.11)
La prophétie biblique doit produire la sainteté, la vigilance, la persévérance, la fidélité et l’espérance. Elle doit surtout nous pousser à nous attacher davantage à Jésus-Christ.
12. Jésus-Christ possède finalement les clés
Une vérité magnifique permet de replacer toute cette vision dans la révélation globale de l’Apocalypse.
Au chapitre 9, une clé est « donnée » à l’être qui ouvre l’abîme. Mais au commencement du livre, Jésus déclare : « J’étais mort, et voici : je suis vivant pour l’éternité ! Je détiens les clés de la mort et du séjour des morts. » (Apocalypse 1.18)
Voilà où l’Église doit regarder.
Pas vers l’abîme, ni vers les sauterelles, ni vers Abaddon, mais vers Jésus-Christ ressuscité.
Il est celui qui a vaincu la mort. Par sa croix, il a « désarmé toute Autorité, tout Pouvoir » et les a publiquement exposés en spectacle en triomphant d’eux (Colossiens 2.15).
Par sa mort, il a réduit « à l’impuissance celui qui détenait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable » (Hébreux 2.14).
L’Apocalypse se terminera non par la victoire de l’abîme, mais par la défaite définitive de Satan (Apocalypse 20.10), le jugement du mal (Apocalypse 20.11-15) et l’apparition d’un nouveau ciel et d’une nouvelle terre (Apocalypse 21.1-5).
Le premier malheur n’est donc pas la fin de l’histoire.
Jésus-Christ aura le dernier mot.
Application pour l’Église aujourd’hui
Apocalypse 9.1-12 devrait premièrement transformer notre compréhension de Dieu. Même lorsque les forces du mal semblent se déchaîner, Dieu demeure souverain. Rien n’échappe à son autorité.
Ce passage devrait également transformer notre compréhension du monde spirituel. La Bible ne présente pas Satan et les puissances démoniaques comme des réalités insignifiantes. Le combat spirituel est réel (Éphésiens 6.10-12). Cependant, nous ne devons ni l’ignorer ni devenir obsédés par lui. Notre regard doit demeurer fixé sur Jésus-Christ.
Cette vision devrait aussi transformer notre manière de considérer le péché. Le royaume des ténèbres conduit finalement à la destruction. Ce que Satan présente comme liberté devient esclavage. Ce qu’il présente comme plaisir peut conduire à la mort (Jean 8.34 ; Romains 6.16).
Ce passage devrait nous pousser à examiner notre relation avec Jésus-Christ. La question essentielle n’est pas de savoir si nous pouvons identifier chaque symbole de l’Apocalypse. La question essentielle est : appartenons-nous véritablement à Jésus-Christ ?
Il devrait également influencer notre témoignage auprès des non-croyants. Si le jugement est réel, l’annonce de l’Évangile devient urgente. Nous ne sommes pas appelés à effrayer les hommes par des spéculations prophétiques, mais à leur annoncer fidèlement que Dieu offre aujourd’hui le pardon et la vie en Jésus-Christ (Jean 3.16-18 ; Actes 17.30-31).
Enfin, ce passage nourrit notre espérance. Le mal possède une limite. Satan possède une limite. L’abîme possède une limite. Les jugements possèdent une limite. Mais le règne de Dieu n’en possède aucune.
Conclusion
La cinquième trompette nous place devant une vision terrifiante. L’abîme est ouvert. La fumée monte. Les ténèbres envahissent l’atmosphère. Une armée de créatures démoniaques apparaît. Les hommes sont tourmentés et désirent mourir.
Mais au milieu de cette scène terrible, une vérité domine tout le passage : Dieu reste souverain.
La clé est donnée. Le pouvoir est donné. La cible est déterminée. La durée est limitée. Les serviteurs de Dieu sont connus. Le destructeur lui-même ne peut aller au-delà des limites fixées par Dieu.
Voilà pourquoi l’Église n’a pas à vivre dans la peur. Nous devons vivre dans la vigilance.
Nous devons prendre au sérieux la réalité du mal, mais encore davantage la puissance de Jésus-Christ. Nous devons prendre au sérieux le jugement, mais également annoncer avec force la grâce offerte aujourd’hui.
Le message d’Apocalypse 9 n’est donc pas simplement : « Ayez peur de ce qui sortira de l’abîme. » Il est plutôt : « Voyez où conduit le royaume des ténèbres, repentez-vous, appartenez à Jésus-Christ et demeurez-lui fidèles. »
Le jugement de Dieu est réel. Le royaume des ténèbres est destructeur. Mais Jésus-Christ est vivant.
Il possède les clés (Apocalypse 1.18). Il a vaincu à la croix (Colossiens 2.15). Il règne (Apocalypse 5.5-10). Et un jour, tout mal disparaîtra définitivement (Apocalypse 21.1-5).
La véritable question que cette cinquième trompette nous pose est donc celle-ci :
« À quel royaume appartenons-nous ? »
Aujourd’hui encore, l’Évangile nous appelle à quitter les ténèbres pour venir à la lumière, à nous détourner du péché et à placer toute notre confiance en Jésus-Christ. Car celui qui vient à lui trouve non pas la destruction, mais le pardon, la vie et l’espérance éternelle.
Questions pour l’étude en groupe
- Quel changement important remarquez-vous entre les quatre premières trompettes (Apocalypse 8.7-12) et la cinquième (Apocalypse 9.1-12) ?
- Quels éléments du passage montrent que les puissances sorties de l’abîme ne disposent pas d’une liberté absolue ?
- Que nous apprennent Luc 8.31 et Apocalypse 20.1-3 concernant « l’abîme » ?
- Pourquoi les sauterelles d’Apocalypse 9 semblent-elles représenter davantage qu’une invasion naturelle de sauterelles ?
- Quel lien peut-on établir entre le sceau de Dieu d’Apocalypse 9.4 et celui d’Apocalypse 7.1-4 ?
- Pourquoi devons-nous être prudents avant d’identifier chaque détail de cette vision à une technologie, une arme ou un événement contemporain ?
- Que révèle le nom « Abaddon » ou « Apollyon » concernant la nature du royaume des ténèbres ?
- Que nous enseigne Apocalypse 9.20-21 sur l’endurcissement du cœur humain et la nécessité de la repentance ?
- Comment cette vision devrait-elle modifier notre manière de considérer le péché, le combat spirituel et l’urgence d’annoncer l’Évangile ?
- Après avoir étudié ce passage, qu’est-ce que Dieu nous appelle personnellement à comprendre, à croire ou à changer dans notre vie ?
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