Girardville : une histoire de courage, de foi et de persévérance
Peu de villages québécois peuvent se vanter d’avoir une histoire religieuse aussi singulière que Girardville. Dans les années 1930, ce petit coin du Lac-Saint-Jean est devenu le théâtre d’un des plus étonnants bouleversements spirituels de la province. Ce fut la naissance d’une église protestante francophone, au cœur même d’un territoire profondément catholique. Retour sur un épisode qui a marqué les mémoires et façonné l’identité d’une communauté.
Le conflit du Grand-Rang
Au début du siècle dernier, la vie s’organise autour d’une petite chapelle située au Grand-Rang, le secteur le plus habité du village. Les colons espèrent en faire le centre de leur future paroisse. Mais en 1932, le diocèse décide de bâtir l’église paroissiale ailleurs, dans le rang 6, moins accessible pour la majorité.
Cette décision provoque une révolte. Le moment le plus marquant survient lorsque le curé Octave Bergeron vient retirer les objets liturgiques de la chapelle. Alexina Doucet, épouse du premier maire Pierre Doucet, lui bloque l’entrée armée d’un aviron. Un geste simple mais puissant, qui deviendra le symbole du refus du Grand-Rang.
L’arrivée des missionnaires protestants
Face à l’autorité de l’évêché, un groupe de dissidents publie une annonce dans un journal anglophone de Montréal, cherchant un pasteur parlant français. Deux missionnaires répondent à l’appel : John H. Spreeman et Noah Gratton.
En 1933, ils commencent à prêcher d’abord dans la chapelle, puis dans la maison de Pierre Doucet. Rapidement, quelques familles se convertissent, bouleversant le paysage religieux de Girardville. Pour la première fois, une alternative au catholicisme s’enracine au village.
L’épisode du train
L’histoire prend un tournant dramatique. En 1933, alors que les missionnaires tiennent une réunion, un groupe d’hommes masqués venus d’Albanel et de Normandin fait irruption. Ils saisissent les deux pasteurs, les fouillent et les conduisent de force dans un camion jusqu’à Saint-Félicien, où ils les embarquent dans un train pour Montréal.
Le lendemain, un journal local se félicite d’avoir chassé les propagandistes. Mais loin d’abandonner, Spreeman et Gratton reviennent dès 1934. La petite communauté protestante est bien décidée à rester.
L’enracinement de l’Église évangélique
Malgré les oppositions, l’assemblée se structure :
- 1934 : naissance officielle de l’Assemblée évangélique de Girardville, la plus ancienne des Frères ouverts francophones au Québec.
- 1937 : fondation d’une école protestante francophone, active jusqu’en 1980.
- 1943 : obtention du droit d’enterrer leurs fidèles dans un cimetière local.
- 1947-48 : construction d’une salle évangélique (Gospel Hall), nouveau lieu de culte.
Au fil des ans, les tensions s’apaisent et la coexistence devient possible, même si le souvenir du schisme demeure.
Une histoire de courage, de foi et de persévérance
Ce qui s’est joué à Girardville, ce n’est pas seulement une querelle religieuse. C’est l’histoire d’hommes et de femmes qui ont refusé de se laisser imposer leurs choix spirituels. Le geste d’Alexina Doucet, l’enlèvement des missionnaires, la création d’institutions protestantes, tout cela témoigne de la force de conviction d’une communauté prête à payer le prix pour sa foi.
Aujourd’hui encore, la présence d’une église protestante francophone à Girardville rappelle cette page unique de notre histoire régionale. Un rappel que la foi, quand elle devient vivante et personnelle, peut bousculer l’ordre établi et laisser une empreinte indélébile.
https://shorturl.fm/65p5R
https://shorturl.fm/a41eU
https://shorturl.fm/B1wug
https://shorturl.fm/BGQB8
https://shorturl.fm/1mHbP
https://shorturl.fm/KWsWE
https://shorturl.fm/uSXUI
https://shorturl.fm/d61Xz
https://shorturl.fm/FZGYU
https://shorturl.fm/Tr8UG
https://shorturl.fm/1jc9v
https://shorturl.fm/3PniX
https://shorturl.fm/Pg3mo
https://shorturl.fm/gIXKY
https://shorturl.fm/MxnQZ
https://shorturl.fm/pYZaV
https://shorturl.fm/oD454
https://shorturl.fm/7jXOb
https://shorturl.fm/uoDFp